Résumé
La recherche sur les organisations extrémistes violentes (OEV) a largement considéré la létalité comme une caractéristique d'attaques individuelles ou comme un résultat organisationnel agrégé, laissant ouverte la question de savoir comment la performance létale évolue au cours du mandat d'un dirigeant. Les méthodes multiniveaux nécessaires pour examiner cette question demeurent peu courantes dans l'étude des OEV. Nous comblons cette lacune en appliquant deux modèles de leadership organisationnel exceptionnel — l'influence charismatique-idéologique-pragmatique et l'orientation du pouvoir personnalisée par rapport à socialisée — à un échantillon de 68 dirigeants d'OEV et de 645 observations dirigeant-année. À l'aide d'une analyse longitudinale multiniveau, nous examinons si les tactiques d'influence et les orientations du pouvoir des dirigeants expliquent les changements de performance létale de l'organisation au cours de leur mandat. Les résultats indiquent que la létalité augmentait à mesure que le mandat du dirigeant se prolongeait, mais ni le style d'influence ni l'orientation du pouvoir ne rendaient compte de la létalité de manière indépendante. Ils opéraient plutôt conjointement : parmi les dirigeants charismatiques, ceux dotés d'une orientation du pouvoir personnalisée dirigeaient des organisations bien plus meurtrières que ceux dotés d'une orientation socialisée, tandis que parmi les dirigeants pragmatiques, le schéma s'inversait. Ainsi, aucune orientation du pouvoir n'était uniformément plus dangereuse ; les résultats induits par ces styles dépendaient du style d'influence du dirigeant. Ces conclusions suggèrent que les OEV pourraient représenter un contexte peu courant dans lequel un leadership personnalisé peut surpasser l'orientation socialisée généralement associée à un leadership organisationnel efficace, mais uniquement dans certaines conditions d'influence. Les résultats soulignent également l'intérêt d'intégrer les théories du leadership dans les évaluations de la menace des OEV et dans les stratégies de décapitation du leadership, et mettent en évidence la valeur de l'application d'une modélisation statistique avancée pour mieux comprendre le comportement des OEV.Points clés à retenir
- Ni le style d'influence du leadership (charismatique, idéologique ou pragmatique) ni l'orientation du pouvoir (personnalisée par rapport à socialisée), lorsqu'ils étaient considérés isolément, n'étaient statistiquement significativement associés à la létalité d'une organisation extrémiste violente. Au contraire, les deux dimensions comptaient le plus en combinaison : l'interaction clé entre l'orientation du pouvoir et le style d'influence était fiable (b = 1,45, IRR = 4,26, p = ,008), ce qui signifie que l'effet de l'orientation du pouvoir dépendait du style d'influence par lequel il s'exprimait.
- La direction du schéma était croisée plutôt qu'uniforme. Parmi les dirigeants charismatiques, le pouvoir personnalisé était lié à une létalité annuelle prédite bien plus élevée que le pouvoir socialisé (environ 65,65 contre 5,28 décès ; ratio = 12,44, p = ,025). Parmi les dirigeants pragmatiques, l'inverse était vrai, les dirigeants socialisés présentant la létalité la plus élevée de tous les groupes et les dirigeants personnalisés la plus faible (66,77 contre 1,92 ; ratio = 34,85, p = ,011). Le contraste idéologique allait dans le même sens que le pragmatique mais n'était pas statistiquement significatif (p = ,417).
- La létalité avait tendance à s'intensifier au cours du mandat d'un dirigeant, avec une augmentation d'environ 50 % des décès annuels attendus par pas d'une unité sur l'échelle logarithmique du temps (b = 0,41, IRR = 1,50, p = ,004). Cependant, cette trajectoire ascendante n'était pas modérée de manière statistiquement significative par l'orientation du pouvoir ni par le style d'influence, ce qui suggère que la configuration du leadership façonne le niveau global d'efficacité létale d'une organisation davantage que le rythme auquel elle croît au fil du temps.
