Résumé
Nous avons examiné le rôle d'une composante cruciale de la théorie de l'esprit durant l'enfance, à savoir l'attribution de fausses croyances à d'autres agents, dans la capacité à ajuster les stratégies de prise de risque lors de la prise de décision à l'adolescence. L'échantillon analytique était constitué de 9575 enfants issus de la Millennium Cohort Study du Royaume-Uni, suivis aux âges de 5, 7 et 14 ans. La capacité à attribuer de fausses croyances a été mesurée aux âges de 5 et 7 ans au moyen d'une version en vignette de la tâche Sally-Anne administrée par un évaluateur inconnu dans le cadre d'une interaction dyadique socialement exigeante. L'ajustement au risque a été mesuré à l'âge de 14 ans à l'aide de la Cambridge Gambling Task. Même après avoir contrôlé une série de facteurs individuels et familiaux, tels que le sexe, l'origine ethnique, l'aptitude verbale, le revenu familial et le niveau d'éducation parental, ainsi que les problèmes émotionnels et comportementaux, nous avons constaté que les capacités cognitives sociales durant l'enfance sont positivement associées à l'ajustement au risque dans la prise de décision à l'adolescence.Points clés
- Dans une étude à grande échelle portant sur 9 575 adolescents issus de la Millennium Cohort Study du Royaume-Uni, les enfants ayant fait preuve d'une cognition sociale supérieure (théorie de l'esprit) aux âges de 5 et 7 ans ont obtenu des scores significativement plus élevés aux tâches d'ajustement au risque à l'âge de 14 ans.
- À l'appui du modèle de flexibilité socio-motivationnelle, les données montrent que les compétences sociales précoces prédisent spécifiquement la capacité à ajuster les stratégies en fonction du retour d'information (p < .014), mais ne prédisent pas de manière statistiquement significative la prise de risque impulsive globale (p > .05), ce qui suggère un lien avec la flexibilité cognitive plutôt qu'avec l'inhibition2222.
- L'association positive entre la cognition sociale durant l'enfance et la prise de décision à l'adolescence a persisté (b = 10,46) même après avoir contrôlé le revenu familial, le niveau d'éducation maternel et l'aptitude verbale, la taille de l'effet étant comparable à celle des connaissances lexicales.

