Résumé
Ce numéro spécial, Acculturation Reimagined, plaide en faveur d'un changement de paradigme dans la science de l'acculturation afin de répondre à la mondialisation, à la connectivité numérique et à l'évolution des paysages culturels du XXIe siècle. S'affranchissant des modèles statiques, les contributions remettent en question des postulats fondamentaux au moyen de critiques méthodologiques rigoureuses et de cadres théoriques novateurs. Parmi les discussions clés figure un réexamen de l'hypothèse de l'intégration, où de récentes méta-analyses révèlent que les résultats antérieurs pourraient découler de méthodes bivariées erronées plutôt que de véritables effets d'interaction. Le numéro met également en lumière le « paradoxe de l'intégration », montrant comment la discrimination peut nuire au bien-être des immigrants les plus intégrés sur le plan structurel. Élargissant le champ de la discipline, les auteurs introduisent les concepts d'acculturation médiatisée par le numérique et préconisent une autochtonisation de la recherche afin de reconnaître les épistémologies autochtones. Une attention importante est accordée aux dynamiques temporelles, en distinguant les véritables perspectives développementales — telles que le tempo d'acculturation — de la simple mesure longitudinale. Des travaux empiriques illustrent en outre la complexité de l'adaptation, révélant que l'adéquation émotionnelle avec une culture majoritaire peut paradoxalement conduire à un désengagement dans des contextes discriminatoires. Collectivement, ces articles tracent l'avenir d'une recherche sur l'acculturation qui soit multivariée, sensible au contexte, dynamique dans le temps et inclusive de la diversité des expériences vécues.Points clés à retenir
- Une affirmation centrale de l'acculturation — l'hypothèse de l'intégration — a été réévaluée à l'aide de tests multivariés plus rigoureux. Les nouvelles analyses ont montré que les indicateurs bivariés (sommatif, multiplicatif, distance euclidienne) expliquaient environ 2 % de la variance de l'adaptation, tandis que le véritable effet d'interaction était négligeable (<0,1 % de variance expliquée), indiquant que les résultats antérieurs reflétaient largement les effets principaux des orientations culturelles (en particulier l'orientation vers la culture dominante).
- Le « paradoxe de l'intégration » suggère que les immigrants qui réussissent sur le plan structurel peuvent néanmoins se désengager psychologiquement en raison d'une privation relative perçue et de la discrimination. Ancré dans la théorie de la comparaison sociale, cela recadre l'intégration comme dépendante du contexte et souligne la nécessité de modéliser les conditions structurelles, les attentes et l'injustice perçue parallèlement à l'orientation culturelle.
- La discipline s'étend au-delà des contextes en face à face pour inclure l'acculturation médiatisée par le numérique et appelle à autochtoniser la science de l'acculturation. Une perspective développementale et longitudinale révèle des dynamiques et des paradoxes temporels — tels que l'acculturation émotionnelle qui accroît les contacts avec les pairs de la culture majoritaire tout en diminuant l'engagement scolaire en situation de discrimination — soulignant l'importance du moment, des trajectoires et du contexte.
