Résumé
Un nombre croissant de recherches montre que la perception d'une discrimination partagée entre les groupes racialement minorisés favorise la solidarité entre les personnes racisées (PoC), ce qui, à son tour, accroît le soutien aux politiques pro-minorités. La présente étude vérifie si ce schéma s'étend au comportement politique en examinant les intentions de vote — un précurseur essentiel de la mobilisation électorale. Nous avons mené trois expériences par enquête parallèles auprès d'échantillons représentatifs à l'échelle nationale d'adultes noirs (N = 850), latinos (N = 850) et américains d'origine asiatique (N = 850) trois semaines avant l'élection présidentielle américaine de 2024 opposant Kamala Harris à Donald J. Trump. Les appels à la discrimination partagée ont accru la solidarité de façon uniforme dans tous les groupes raciaux, mais n'ont pas eu d'effet direct sur les intentions de vote. La solidarité a plutôt médié l'effet de la discrimination partagée sur les intentions de voter pour un·e représentant·e racisé·e et pour Harris. Cependant, l'évitement par Harris des appels fondés sur l'identité a fait qu'elle n'a pas été perçue comme une représentante racisée manifeste. Parmi les électeurs noirs en particulier, la discrimination partagée était plus fortement associée à l'intention de voter pour un·e candidat·e perçu·e comme faisant progresser les intérêts des personnes racisées que pour Harris. Ces résultats suggèrent que les appels à la discrimination partagée ne modifient peut-être pas directement les intentions électorales, mais peuvent influencer indirectement l'engagement politique en activant un sens plus large de solidarité interraciale parmi les personnes racisées.Points clés
- Dans des échantillons représentatifs à l'échelle nationale d'Américains noirs, latinos et d'origine asiatique (N = 850 par groupe), rendre saillante la discrimination partagée a significativement accru la solidarité avec les personnes racisées, mais n'a eu aucun effet direct sur les intentions de vote. Cependant, la solidarité était indirectement associée à des intentions plus élevées de voter tant pour un·e représentant·e aligné·e sur les personnes racisées que pour Kamala Harris, le modèle d'équations structurelles présentant un bon ajustement (CFI = .986, RMSEA = .027).
- Le lien entre la solidarité et l'intention de voter pour Harris était significativement plus fort chez les Américains latinos et d'origine asiatique que chez les Américains noirs (Δβ vs Noirs = −.26 et −.23, respectivement), ce qui est cohérent avec un plafond partisan chez les électeurs noirs. En revanche, l'association de la solidarité avec l'intention de voter pour un·e représentant·e racisé·e générique ne différait pas selon la race, et les deux résultats d'intention de vote n'étaient que faiblement corrélés (r < .30).
- Les résultats étaient robustes : un facteur de confusion devrait présenter une corrélation relativement forte (ρ ≈ .421) avec la solidarité et le vote pour Harris pour annuler entièrement l'association indirecte. Les tests d'équivalence n'ont pas pu exclure de petits effets directs (par ex., différence d'intention pour Harris = 0,001 ; IC à 90 % [−0,030, 0,032]).

